L’avant première de l’horreur

24 mai 2007

Il aurait bien fallu que je finisse par parler de ma santé en général, et aujourd’hui l’occasion se présente avec un souci un peu embêtant chez moi: je fais de l’agoraphobie. Elle n’est pas lourde (j’arrive à sortir dans le parc derrière chez moi 45 mn toutes les deux semaines) mais pas légère non plus (même raison).

Imaginez donc une agoraphobe « moyenne » dans une salle de ciné de 500 personnes bourrée à craquer. Tout le monde est en effervescence car si tout le monde est venu à cette avant-première de « Pirates des Caraibes 3″ c’est que chacun veut repartir avec des goodies. Moi autant que les autres. Il y a donc le concours de celui qui gueulera le plus fort pour donner sa réponse, et un tirage au sort.

Environ 15 mn après mon arrivée, je ne suis franchement pas à l’aise (je ne l’étais pas dés mon entrée dans la salle) mais je sens la crise d’angoisse venir. Ma respiration s’accélère sans que je puisse la contrôler, vient ensuite la désorientation et les larmes. C’est comme d’habitude, rien d’inhabituel, j’avais prévu que ça se passerait ainsi et je ne m’inquiète donc pas. Je sais que dans une heure grand max la crise sera atténuée et que je pourrai me calmer en revenant chez moi. Et c’est là que ça dégénère.

La crise s’accélère et s’intensifie. Ma mère commence à vouloir me faire sortir. Moi je veux rester.

(Il y a ces espèces de posters géants avec des baguettes en bois aux extrémités à gagner, une grande tenture de 2 m sur 3, plein de petits posters aux dimensions plus raisonnables et divers goodies de moindre valeur. Je suis venue pour ça. J’aimerais bien récupérer le poster géant avec Orlando Bloom. Sans me vanter je sais que j’ai des cordes vocales vraiment très puissantes (je ne sais pas comment ça se fait d’ailleurs) et pour peu que je me dem**** à trouver les réponses aux diverses questions je n’aurai aucun mal à me faire remarquer pour qu’on me file le micro.)

Bref. Ma crise s’accélère encore. Je n’arrive plus à tenir. J’ai la tête qui tourne (je sens le malaise venir) et j’ai des fourmis dans les doigts. Je ne m’en inquiète d’abord pas. Puis je panique complètement. Je viens de m’apercevoir que je ne sens plus mes doigts. Ils sont paralysés, crispés et je ne peux plus les bouger. Ma mère panique à fond. Je me dis mais p***** pourquoi la crise est-elle plus forte que les autres? Par chance dans une salle de 500 personnes l’agora qui fait sa crise au troisième rang en partant du bas, personne n’y prête gaffe. En plus le concours aux cadeaux va commencer.

Et c’est là que ma personnalité tout en contradictions ressort. Je suis en pleine crise d’angoisse assez forte, je n’arrive pas à me calmer, mais le jeu a commencé et je veux quelque chose. Alors je fais comme le reste de la salle. Je crie pour qu’on me pose les questions tout en cherchant dans ma tête les réponses. Tout en planquant mes mains paralysées sous ma veste et en tablant sur le maquillage (je ne me maquille jamais mais là je savais que ça servirait) pour cacher mon état, je crie comme les autres. Pas à pleine puissance pour ne pas atomiser les tympans de ma mère, mais assez pour être dans les 3-4 de la salle qui crient le plus fort… Ca fait du bien de crier. Je ne connais pas la réponse pour le poster géant d’Orlando Bloom. Pas grave il reste des choses à gagner. Il faut être complètement geekette pour essayer de gagner des goodies en hurlant à tue-tête en pleine crise d’angoisse.

Vient la question: Quelle est la particularité de Micromania?

Elle est pour moi celle là. Je pense illico au bon de 10? tous les 200? d’achats. Je crie. Le type au micro monte. C’est pour moi. Je baffouille un peu et je sors ma réponse; c’est même pas ça, c’était une histoire de reprise de jeux. Tant pis. C’est fort, en pleine crise d’angoisse je trouve moyen de paraître normale durant 10 secondes…

Les questions se succèdent mais je ne serai interrogée pour aucune autre. Ma crise continue à s’aggraver, je continue à ne rien faire pour l’atténuer en continuant à participer au concours…

Ca y est, tout est parti. Les sponsors distribuent des petits goodies dans la salle. Je suis assez adroite (et en bout de rangée) je repartirai avec un bracelet en plastique, et un sac avec un bandana rouge à motifs « pirate »(tant pis pour la couleur vu mon intolérance à la lumière solaire ça me sauvera si je veux sortir dans mon parc cet été) et deux planches de tatoos datant du 2e épisode. Je ne repartirai pas les mains vides, j’ai eu ce que je voulais. C’est pas grand chose mais c’est dja ça.

Le film commence. Dans le noir ça va beaucoup mieux. Chez moi je n’ouvre jamais mes volets. Et je suis nyctalope (je vois très bien dans l’obscurité). D’aucuns ont peur du noir moi cette obscurité familière ma rasssure. Peu à peu je sens les fourmillements dans mes doigts revenir. Ils se décrispent. J’arriverai finalement à bouger le pouce au bout de quelques minutes. 20 mn plus tard ma respiration sera redevenue quasi-normale. Je resterai tendue jusqu’à tard dans la nuit, jusqu’à ce que je m’endorme.

Du début à la fin la crise aura duré plusieurs heures, avec un « pic » de 45 mn. Ce n’est pas la plus dure que j’aie eue à affronter mais c’est la première que voit ma mère. Il y aura une longue engueulade le lendemain matin. J’ai pas été super polie avec elle au coeur de la crise. Mais les signes de gentillesse en public j’en ai horreur (elle a voulu me prendre les mains, mais elle sait que je déteste que quiconque me touche, même un peu) et elle ne pouvait rien faire pour m’aider. Une crise d’angoisse on la subit et on attend que ça se passe.

Voilà le récit de cette « super soirée ». Je n’ai absolument pas été raisonnable en y allant. Je savais que je ferais une crise et y aller quand même m’a coûté cher. A présent ma mère sait que mes crises d’angoisse peuvent être assez dangereuses (je suis encore un peu secouée). J’ai poussé ma résistance à fond en faisant tout pour gagner quelques goodies tout en masquant le plus fort de ma crise. J’aurais pu tomber dans les pommes (je ne suis pas passée bien loin d’ailleurs) ou avoir des ennuis plus graves, et je ne suis pas si fière que ça après coup. Je sais que plus je me force plus ma résistance à mon agoraphobie diminue. J’en ai perdu beaucoup. A mon avis je ne suis pas prête de retourner en ville. Il y a imprudence et inconscience. J’ai beaucoup utilisé la première. Mais la prochaine fois, ce serait la seconde…

Voilà. Ok j’admets bien volontiers que je me suis comportée comme une idiote. Jusqu’à présent une seule crise d’angoisse avait été plus forte que ça, et j’ai surestimé ma résistance. La réelle folie a été d’insister. J’ai toujours fonctionné comme ça, pas que j’aime repousser les limites mais l’apprentissage du combat en autodidacte m’a appris qu’on peut toujours le faire. J’ai eu tort d’appliquer celà à mes phobies.

++