Soul Calibur IV

10 août 2008

Après un 2e opus resté dans les annales puis un 3e volet excellent mais néanmoins dans la continuité, voici enfin, après des mois d?attente, le Soul Calibur 4e du nom et premier volet ?nouvelle génération?. Voilà des mois et des mois que l?on abreuve les joueurs impatients de screens aguicheurs, de révélations, d?annonces tonitruantes de nouveaux personnages? Le résultat est-il vraiment à la hauteur des attentes?

Autant rassurer le lecteur tout de suite, oui, les personnages sont réellement aussi bien modélisés que ce que l?on a pu voir depuis des semaines sur les captures disponibles un peu partout. Pour peu que vous jouiez en HD, vous allez vous prendre une véritable baffe graphique dans les mirettes. Les détails foisonnent, les couleurs sont chatoyantes, les reflets abondent, et ne parlons pas de la modélisation des cheveux, à des années-lumière de ce que l?on a pu voir ailleurs.

Oui, le jeu est vraiment ainsi!

D?un autre côté, autant ne pas vous mentir, un effet de flou très prononcé a tendance à gâcher les décors du jeu. Ce pourrait n?être rien si la moitié des arènes n?était pas ratée. En effet, certains nouveaux lieux de combat souffrent d?un manque flagrant d?inspiration, à l?image de l?arène d?Algol, ou du pied de la tour (avec la lave et tout le toutim, ah la la!). Quant aux arènes recyclées des éditions passées, si certaines sont magnifiquement liftées (la villa japonaise, notamment) d?autres ont réellement souffert lors du passage à la HD. Le radeau flottant sur les douves du château en est l?exemple le plus marquant. Fort heureusement, il reste quelques pépites telles la salle aux vitraux ou encore les jardins. Je vous laisse le soin de les découvrir par vous-même. Enfin, petit mot à propos des arènes Star Wars, au nombre de deux (sur les 19 que compte le titre au total), plutôt réussies et fidèles comme tout aux films. On pourrait regretter qu?il ne s?agisse que d?une déclinaison du même lieu, mais c?est du cadeau bonus, rappelons-le.

Parlons à présent du casting. Si le nombre de personnages a de quoi donner le vertige, en réalité seuls deux personnages sont des nouveaux venus. En effet, Amy était déjà présente dans SC III en tant que personnage bonus. Les nouveaux sont donc Hilde, combattant à la pique et l?épée courte, et Algol, le boss de fin. Comptons ensuite les deux persos de Star Wars (l?Apprenti, ainsi que Yoda ou Vador selon votre version), exagérément puissants mais vraiment fendards à jouer à petite dose. Un petit mot à propos des guerrières bonus dessinées par des mangakas: elles sont bien gentilles, mais ne sont que des skins de personnages déjà existants. Au moins, si vous n?aimez pas Astaroth et son style massif, vous pourrez vous rabattre sur Ashlotte, la petite androïde au visage de poupée, combattant de la même façon.
Il faut toutefois préciser que certains personnages sont toujours exagérément puissants par rapport à d?autres, défaut déjà présent avant et qui n?a pas été corrigé. Regrettable, surtout avec l?arrivée du online? Car comme pour tous les jeux, il y a bien sûr des tricheurs, qui n?hésiteront pas à vous battre en répétant un seul et unique coup, imparable.

Il faut juste évoquer le mauvais goût émanant du parti-pris ?Dead-or-Alivesque? consistant à rajouter un bonnet ou deux à certaines combattantes (qui peut coller à l?humour de certaines séries, mais complètement en décalage avec ?l?esprit Soul Calibur?) ainsi que de certains costumes. En parlant des costumes, ne soyez pas surpris si certains ?vous disent quelque chose? puisque récupérés dans les volets précédents. Enfin, les secondes tenues ont visiblement été crées avec flemme puisque réalisées avec l?éditeur de personnages.

Le casting

Ah. Ce fameux éditeur de personnages, si complet et fourmillant d?objets dans le troisième volet. Qu?est-il devenu quelques années plus tard? Aussi surprenant que celà puisse paraître, le nombre d?objets disponible au final a été divisé à peu près par trois. Le nombre d?emplacements a lui aussi été diminué. A présent, il vous faudra choisir entre un pantalon ou une ceinture. Aberrant.
Néanmoins, fabriquer de toutes pièces un héros à sa sauce (ou en personnaliser un existant) est toujours aussi amusant et les possibilités restent assez nombreuses, mais quiconque a joué au volet précédent ne pourra que se sentir frustré de par les restrictions désormais imposées. L?impression de créer des clones de Taki et compagnie est réelle, d?autant qu?à présent seuls les styles de combat des personnages classiques sont disponibles (auparavant il existait des styles originaux en plus). L?ergonomie a également perdu de sa superbe, puisqu?au lieu d?une boutique à part du mode pour acheter les nouveaux équipements, tout est désormais mélangé entre ce qui est acheté et ce qui ne l?est pas, au sein d?une seule et même liste. Un message vous indiquera le prix d?un objet lorsque vous l?essaierez sur votre personnage. Certes plus rapide, mais moins lisible au final. Enfin, le plaisir de ?faire soi-même? est réellement là, et le mode, même s?il est moins complet que par le passé, reste impressionnant pour un jeu de combat.

Petit exemple de personnalisation

Alors, en dehors de tout ça, que vaut le gameplay? Si vous ne connaissez pas la série, faisons un bref résumé. Le système de jeu s?articule énormément autour des déplacements et de trois types de coups: horizontal (esquivez-le en vous baissant au en faisant quelques pas en arrière), vertical (facile à éviter d?un pas de côté) et coup à mains nues. Ajoutez-y la garde classique, le Guard Impact (sorte de contre déséquilibrant l?adversaire et vous autorisant une rapide contre-attaque). Petite nouveauté de cet opus, une jauge d?âme, virant au rouge si vous usez et abusez de la garde, à même d?être responsable du bris de vos vêtements et par là même de vous rendre vulnérable à un K.O critique. Vous pouvez aussi tenter de faire sortir votre adversaire de la zone de combat s?il est dos au vide. Ce ne sont pas les moyens qui manquent de remporter un match autrement qu?en vidant simplement la jauge de vie de l?opposant.
Les mouvements sont un poil moins rapides que dans le 3e volet, revenant au niveau de ceux du 2e, ce qui n?est un pas un mal. Le jeu reste assez rapide, fluide, le système de coups permet à tous de s?amuser quel que soit leur niveau. Côté jouabilité, toute la maîtrise, la précision mais aussi l?accessibilité qui ont fait le point fort de la série sont toujours là. Soul Calibur IV est inattaquable de ce côté là, tout simplement. Pas aussi permissif qu?un Dead or Alive, ni aussi exigeant qu?un Tekken ou Virtua Fighter, Soul Calibur IV frappe fort et se destine autant aux bourrins qu?aux fines lames.

Suite à ce coup, Ivy devient vulnérable à un K.O. critique.

Mais alors quoi? Qu?est-ce qui, au milieu d?un tableau qui semble si prometteur, peut donc bien faire défaut au titre? Simple petite piqûre de rappel, Soul Calibur 2 proposait un mode arcade, un time attack, un survival, un mode par équipe, le traditionnel versus, un mode mission particulièrement long, un mode versus par équipe? Soul Calibur III était un peu moins riche, mais contenait un minijeu pseudo tactique finalement assez long et intéressant? Et Soul Calibur IV? C?est là que la bât blesse. Anémique en modes solo, le titre semble s?être concentré sur le versus (online ou offline contre un ami/voisin/parent ou l?I.A) et a littéralement oublié d?avoir du contenu. Un mode histoire plié en dix minutes, n?ayant d?histoire que le nom, ressemblant plus à une sorte de mode par équipe où l?on ne vous laisserait pas choisir vos équipiers. Facile (même en mode difficile) et aux fins d?un ridicule achevé détruisant littéralement le background jusque là exceptionnel de la série. Un mode arcade, sorte de mix entre ce qu?était jadis un vrai mode arcade et un time attack, proposant six adversaires aléatoires puis un duel contre l?Apprenti puis Algol. Curieusement, le premier est plus pénible à battre que le second, pourtant censé être le boss de fin? Quoiqu?il en soit, ce mode reste le plus classique et encore le moins barbant de ce SC IV. Enfin, le mode ?tour des âmes? vous propose soit un survival par équipe (que vous pouvez composer cette fois-ci!) sur trois niveaux de plus en plus dur, soit, après 20 étages débloqués, un survival ?classique en équipe de deux?. Ici la difficulté est vite atroce et l?unique intérêt est de débloquer gratuitement des objets pour la création de personnages en accomplissant certains objectifs facultatifs (pas toujours très clairs) durant les combats. Sauf qu?en achevant 30 ?records? on débloque la collection intégrale à l?achat et par conséquent, l?intérêt de ce ?suvival-mission-team mode? retombe aussi vite qu?un soufflé raté. la faute à une répétitivité ad nauseam sans doute.

Scénario
Juste risibles, le scénario et les cinématiques sont sans intérêt, même pour un jeu de combat. La licence s?était basée sur un background solide, elle a tout envoyé balader avec cet opus kitschissime au possible. Rien à dire, rien à sauver.

Personnages
On ne peut pas vraiment dire qu?ils aient de la personnalité, mais? Ils ont la classe quoi. De plus ils sont particulièrement variés. Mais celà ne suffit malheureusement pas à les rendre inoubliables.

Technique
Si les personnages sont absolument magnifiques, on ne peut malheureusement que déplorer la finition bâclée de certaines arènes et en particulier les images fixes en arrière plan. Toutefois, pas d?aliasing à signaler (du moins sur la version X360 qui a servi pour le test).

Esthétique
Là encore, c?est une impression un peu mi-figue mi-raisin. Le desing général est très tape-à-l?oeil, voyant, ?too much?, au point de rendre certaines combattantes autrefois ?sexy? à la limite de la vulgarité. Les arènes elles, sont à la fois moins grandioses que par le passé et dénuées d?âme. Reste les reprises et l?ambiance visuelle de la série, mais? Vous m?aurez comprise.

Musiques
Les musiques sont bonnes, quoiqu?un poil répétitives, et plus ou moins semblables. Un cran en dessous des autres volets, une fois de plus. En même temps, il y a beaucoup de remixes? Mais néanmoins très agréable aux oreilles.

Bruitages
Tout simplement exceptionnels, les bruitages mettent parfaitement dans l?ambiance, malgré des doublages parfois ratés. Il y a la possibilité de moduler le timbre de voix des avatars créés.

Jouabilité
Du grand art! A la fois précis et accessible, le gameplay est tout simplement au poil. Le jeu est rapide sans pour autant demander des réflexes de cyborg pour sortir un guard impact parfait. Les amateurs de technicité seront aux anges, les débutants aussi. Ce qui fait descendre la note, c?est le déséquilibre entre certains personnages, exagérément puissants par rapport au reste du casting.

Durée de vie
Comptez une trentaine d?heures pour obtenir assez de records afin de débloquer à l?achat tous les objets. Le double pour tout acheter, mais votre patience n?arrivera jamais jusque là tant le jeu est lassant. Reste le multi, mais?

Les plus:

  • Modélisation des personnages de haute volée
  • Gameplay en béton armé
  • Nombreux personnages à maîtriser

Les moins:

  • Modes de jeu peu nombreux et vite lassants
  • Tellement moins complet que SC III
  • Combattants déséquilibrés
  • Arènes peu inspirées

En conclusion:

Pour un jeu qui semblait bien parti, on se retrouve face à un Soul Calibur III ?ultralight, HD et online? toujours aussi excellent en versus mais diablement vide en solo, là où les volets précédents vous en donnaient pour des heures et des heures de jeu. Soyons clairs: si vous n?avez jamais touché à un Soul Calibur, ou si vous n?avez pas joué au III, vous trouverez SC IV excellent. Vous aurez raison, il est loin d?être mauvais. Mais si vous avez goûté, fini, retourné dans tous les sens Soul Calibur III, ce 4e volet ne sera pour vous qu?une amère déception, beaucoup moins complet que son aîné, moins travaillé, moins abouti, ?moins tout?. A 70 euros, celà fait cher le lifting de luxe, amincissement de l?intérêt compris.

NOTE FINALE: ou (si vous avez joué à SC III)

Test rédigé exclusivement pour La cabane de jardin d’une geekette-kunoichi