Rozen Maiden

17 janvier 2009

Type: Seinen
Année de parution Japon: 2003
Année de parution France: 2006
Nombre de tomes: 8
Auteur: PEACH-PIT
Age recommandé: 12 ans
Thèmes: Magie, fantastique

Scénario
Rozen Maiden raconte l’histoire de Jun Sakurada, un jeune lycéen qui refuse d’aller en cours, préférant passer ses journées dans sa chambre à se commander divers gadgets sur Internet. Un jour, il reçoit une poupée magique, vivante, nommée Shinku. Il existe sept poupées comme elle, animées par une “roza mystica” qu’elles doivent se prendre les unes aux autres afin qu’il n’en reste plus qu’une seule qui deviendra “Alice”, la petite fille parfaite. Pour celà, elles diposent chacune d’un esprit et de pouvoirs uniques.

Si l’idée de départ, un “Highlander” version kawaii, était prometteuse, au final, le titre a pris une toute autre orientation. Les premiers tomes sont relativement bien construits. Le lecteur est happé, tout comme Jun, dans le “jeu d’Alice”, rencontrant par là même les autres Rozen Maiden, les voyant s’affronter malgré la relation parfois amicale qui les unit. Au milieu de tout ça, le jeune lycéen doit affronter ses propres problèmes. Traitant sa soeur comme sa boniche, ne mettant pas les pieds hors de sa chambre, refusant de communiquer avec les autres; il ne verra bien sûr pas d’un très bon oeil l’installation de quelques poupées vivantes dans sa piaule! Vivantes voire carrément remuantes pour ne pas dire envahissantes; elles vont faire prendre conscience à Jun qu’il n’est pas seul au monde et que des gens peuvent avoir besoin de lui. Bref, Rozen Maiden est un manga plutôt accrocheur au départ, avec un scénario solide.

Mais rapidement, il s’essouffle. L’histoire s’emballe, en négligeant de plus en plus la cohérence. Tout est mélangé dans une sorte d’énorme pot-pourri; le lecteur se retrouve à moitié largué entre l’évolution de Jun, les combats entre les poupées, l’apparition d’une mystérisue poupées blanche… on ne comprend plus grand chose à tout celà… et si on veut nous faire croire que tout semble lié (à l’aide d’une « conclusion » allant dans ce sens), un peu d’explications et davantage de développement pour tous ces événements n’auraient pas été un luxe. Les tomes sont de moins en moins épais, à tel point que le dernier tient en quarante pages. Et surtout, alors même que PEACH-PIT était à même de fournir une conclusion digne du scénario original, on a plutôt droit à une fin bâclée, pour ne pas dire en queue de poisson voire carrément inexistante. Quelque chose de bien aurait pourtant pu être fait avec tout celà pourtant, les auteurs auraient pu corriger le tir, donner une fin « fermée » même rapide; mais au lieu de ça on se retrouve avec une interruption soudaine du récit qui surgit de nulle part en deux pages. Impossible de passer outre tant de gâchis, en plus d’être bâclé le manga est sorti inachévé et c’est juste impardonnable.

Personnages
Chaque protagoniste possède sa personnalité à lui. Les poupées sont attachantes et plutôt drôles; Nori (le soeur de Jun) est un peu cru-cruche sur les bords mais sans en faire des tonnes; Jun, lui, est au départ une sacrée tête à claques mais changera au fil des événements. Il est le personnage le plus travaillé, ce qui peut paraître logique puisqu’il est censé être le héros de l’histoire…
La galerie de portraits est assez variée et relativement réussie. Finalement toutefois, aucun protagoniste n’est réellement original et surtout personne ne change vraiment. On a droit aux clichés habituels: la méchante poupée qui s’adoucit un peu au contact de sa propriétaire gravement malade, la pleurnicheuse qui grandit dans sa tête, la jumelle qui se détache de sa soeur, etc; et on n’en apprend pas beaucoup sur eux. Les auteurs se sont contentés de leur donner une personnalité mais pas une réelle profondeur en dehors de Jun (qui est le seul personnage à avoir droit à un vrai passé et à évoluer radicalement); et à la lecture, celà se sent… Au final, on a davantage l’impression que tout ce petit monde sert de faire-valoir, surtout si l’on se fie à la “fin”.

Qualité des dessins
Dans Rozen Maiden, on ne sait jamais à quoi s’en tenir. Le trait est haché et imprécis, c’est ce qui pourrait faire son charme, hélas le résultat est que bon nombre de cases font “amateur”, les scènes de combats sont brouillonnes comme pas permis… Mais surtout les personnages chibi sont limite envahissants, presque une case sur deux, alors qu’ils sont vraiment, vraiment, ratés. A côté de cette médiocrité globale, on a régulièrement des dessins des poupées d’une étonnante beauté, fins, détaillés, qui relèvent le niveau de l’ensemble. Les tenues des petites demoiselles sont gothiques, avec tout plein de froufrous, de rubans, de dentelle, et c’est très bien dessiné.
Quant aux décors, ils sont relativement sommaires… lorsqu’ils existent…

Esthétique
Les poupées apportent une petite touche gothique et romantique à l’oeuvre, un côté à la fois innocent et sombre… Pour tout dire, ce sont presque elles toutes seules qui posent l’ambiance. Comme Jun ne quitte pas vraiment sa chambre, et qu’il habite une banlieue japonaise classique, l’univers dans lequel il évolue est naturellement familier et c’est heureux, car les auteurs ne se sont pas donné la peine de vraiment le détailler. Reste la N-field, univers onirique; mais là encore, on ne nous donne que peu d’indices. L’univers de Rozen Maiden sera donc toujours un peu étranger à ses lecteurs, c’est dommage.

Edition
Carton rouge! Si la jolie jaquette avec vernis sélectif est attirante, c’est bien la seule chose à sauver de cette édition catastrophique. La couverture justement, est plus que souple, trop souple, telle une anguille qui vous glisse entre les doigts (et la jaquette ne vous aidera pas). Le papier (déjà pas très blanc à la base) jaunit particulièrement vite, ne résiste pas toujours à un encrage allant du clairet au bavouilleux et possède une texture fragile et… « granuleuse »? On dirait du papier recyclé. Ne parlons pas des fautes d’orthographe et encore moins de la quantité effarante de publicité dans tous les tomes de la série.
Ah si, les livres sentent bon <3.

En conclusion:
Rozen Maiden avait tout pour être un manga sympathique. Des personnages potentiellement attachants, un peu loufoques; une excellente idée de base pour le scénario, des auteurs talentueux (il n’y a qu’à voir les dessins des poupées); et un univers à la fois familier et original. Las, l’histoire a été sabordée, les personnages n’ont pas été approfondis, une grosse partie des dessins est médiocre et brouillonne, les combats entre poupées (pourtant le leimotiv du scénario) sont illisibles et vite expédiés… Donc non, je ne recommanderai Rozen Maiden à personne. Ce ne sont pas les bons mangas qui manquent, inutile d’investir dans cette série de 8 tomes (qui aurait pu tenir en six) qui n’est que trop bâclée. Une lecture tout juste sympathique, à emprunter, mais à ne surtout pas acquérir. Sauf si PEACH-PIT pond une suite un jour afin de finir l’histoire, peut-être…

NOTE FINALE: