Appare Jipangu!

28 mai 2009

Type: Shojo
Année de parution Japon: 1998
Année de parution France: 2003
Nombre de tomes: 3
Auteur: Yuu Watase
Age recommandé: 12 ans
Thèmes: Aventure, comédie, fantastique, historique, romance

Scénario
L’histoire se passe durant l’ère d’Edo. Yusura est une jeune fille plutôt garçon manqué passant son temps à arpenter la ville afin de régler leur compte aux criminels. Sa méthode est plutôt particulière: elle utilise son bâton de combat, kongomaru, afin d’absorber la tristesse des victimes puis de la rejeter sous forme d’énergie sur les coupables. Ce bâton est son seul indice sur son passé; la jeune fille ayant été retrouvée abandonnée avec ce bâton au pied d’un cerisier quinze ans plus tôt. Un soir, tandis qu’elle se repose, elle assiste à une agression et décide d’intervenir (comme à son habitude) sans se douter de tout ce qui va s’ensuivre…

Appare Jipangu! fait partie de ces mangas totalement inclassables. Avec une bonne dose d’action et d’aventure, un soupçon de fantastique, une quantité effarante de gags improbables et finalement assez peu de romance. Le scénario tourne essentiellement autour des petits boulots de Yusura, et véhicule des valeurs que l’on retrouve plus volontiers dans un shonen. Ainsi, les sujets abordés sont aussi variés que l’acceptation des différences, la confiance en soi, le pardon, l’amitié, le fait de ne pas se fier aux apparences… Pour autant, ne croyez SURTOUT PAS qu’Appare Jipangu! est un manga sérieux. La ville d’Edo que l’on nous montre ici est enrobée dans une sauce fortement déjantée; les gags absurdes sont légion et font mouche presque à chaque fois, les anachronismes sont assez fréquents et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’on ne s’ennuie pas. Dommage que l’auteure tombe quand même relativement souvent dans l’humour vulgaire: le récit s’en trouve soudainement plus “lourdingue”, et cela fait vraiment tache dans un produit lisible dés le début de l’adolescence… d’autant que c’est loin d’être drôle. Malgré tout, la lecture est plaisante. Si au premier abord on peut regretter l’absence de véritable fil rouge dans le scénario; on se rend compte que Yusura se questionne de plus en plus sur ses origines, et, shojo oblige, sur ses sentiments envers Samon. Néanmoins, il faut attendre le troisième et dernier tome pour que ce filon soie véritablement exploité; avec le départ de Yusura et ses amis à la recherche de son lieu de naissance. Les réponses sont toutes apportées avant la fin; mais seront loin de convaincre tout le monde, tant ce passage a une forte odeur de bâclage. Après deux tomes divertissants d’aventure teintée d’humour et de leçons de morale gentiment distillées sans véritable lien entre les chapitres, le troisième tome est le seul à proposer un récit continu. On peut toujours se consoler de la fin rapide en se disant que le tome tout entier sert de conclusion au manga.

Personnages
Attachants, c’est ainsi que l’on pourrait décrire les protagonistes d’Appare Jipangu!. Yusura est une héroïne courageuse, dotée d’un fort tempérament et de pas mal de confiance en elle (en apparence…). Elle n’hésite pas à défendre la cause des innocents même s’il faut se mettre en danger pour cela. Malgré tout, elle se pose de nombreuses questions, a des doutes comme tout le monde… Samon a un caractère beaucoup moins marqué, n’osant pas vraiment dire à Yusura ce qu’il pense d’elle, préférant rester derrière au cas où elle aurait besoin de lui… et c’est tout. On notera quand même un regain d’initiative activé par sa jalousie. Minekichi est l’habituel sous-fifre comique de service… mais une bêtise pareille est tout de même relativement rare et il apporte toujours une touche d’absurde dans les situations sérieuses. Kazanosuke a un rôle similaire mais se montre beaucoup moins présent (ninja oblige) et à part le chapitre le mettant à l’honneur dans le premier tome, il ne servira par la suite qu’à apporter un peu de concurrence à Samon.

Qualité des dessins
Les personnages sont très bien dessinés; leurs poses naturelles et les mouvements vraiment bien retranscrits. Leurs vêtements sont détaillés, les regards assez expressifs et les cheveux réussis. Les scènes de combat sont toutefois un peu confuses parfois, mais rien de bien méchant… Quant aux décors, ils sont soignés quand ils existent… car il y a tout de même un nombre non négligeable de cases avec une simple trame pour tout arrière-plan; voire carrément un joli fond blanc. Quoiqu’il en soit, Appare Jipangu! n’est à aucun moment moyen graphiquement et reste toujours agréable à regarder.

Esthétique
Voilà sans doute le point le plus réussi d’Appare Jipangu!. En effet; l’auteure parvient à totalement immerger le lecteur dans son “trip” de la période d’Edo version décalée. Le côté traditionnel est constamment mis en avant que ce soie par le biais des tenues ou des décors. Même les inventions délirantes du père de Yusura ne font pas tache dans cet univers japonais “fin période médiévale”. Les anachronismes sont plutôt bien intégrés, jamais trop envahissants, toujours au bon endroit. Rien à redire!

Edition
On ne peut pas dire que les éditions Tonkam se soient foulées sur ce titre… Les volumes sont VRAIMENT petits, et les textes sont, eux aussi, très petits. Au point de parfois gêner la lecture. Le papier est a priori suffisamment épais mais a tendance à jaunir assez rapidement. Sa texture n’est pas complètement lisse. La reliure a l’air un peu fragile, en revanche la couverture n’est ni trop souple ni trop rigide, rendant la prise en main du livre aisée. Le minimum syndical.

En conclusion:
Appare Jipangu! est typiquement le genre de petit manga dessiné par un auteur pour s’amuser entre deux projets plus sérieux. C’est plutôt une bonne chose que ce délire de Yuu Watase aie été édité (puisque le nom de l’auteure fait vendre, pourquoi se priver…) et soie en plus arrivé dans nos contrées! En effet, un shojo qui a un bon petit arrière goût de shonen; qui ne soie PAS niais, qui mette la romance des protagonistes au second plan pour mieux nous faire profiter de l’histoire; elle-même reposant sur un humour décapant; avouez que ça ne court pas les rues. Alors certes, certaines tentative d’humour vulgaire alourdissent le manga par moments et lasseront ceux et celles qui n’accrochent pas, mais le reste est plaisant à lire, ce serait dommage de s’arrêter là dessus… Croyez-en ma parole d’allergique du shojo: celui-là est dépaysant et drôle; et mérite d’être lu que vous aimiez le genre ou pas.
Mais attention… Je n’ai pas dit que nous étions en présence d’un incontournable non plus… Simplement devant une lecture divertissante et bien dessinée!

NOTE FINALE:

Alice 19th

8 mai 2009

Type: Shojo
Année de parution Japon: 2001
Année de parution France: 2003
Nombre de tomes: 7
Auteur: Yuu Watase
Age recommandé: 12 ans
Thèmes: Romance, fantastique, magie

Scénario
Alice Seno est une jeune lycéenne comme les autres. Souffrant d’un fort complexe d’infériorité par rapport à sa soeur, elle ravale toujours ce qu’elle pense et manque cruellement d’initiative. Pourtant, elle ne manque pas de courage puisqu’elle n’hésitera pas à se mettre en danger pour sauver un petit lapin manacé de se faire écraser par une voiture. Ledit lapin peut en réalité se transformer en jeune fille; qui révèlera à Alice qu’elle peut utiliser la magie de certains mots sacrés. Alice n’est pas la seule à maîtriser ce pouvoir découvrira très vite qu’il y a d’autres “lotis masters” dans son entourage proche.

Le scénario d’Alice 19th aurait pu donner quelque chose de bon au départ. Le fait de donner une importance magique aux mots que l’on peut dire était une excellente idée et l’auteure aurait vraiment pu en faire une histoire intéressante et « fouillée ». Dés le premier tome, on s’aperçoit pourtant qu’il y a un truc qui cloche: l’héroïne est amoureuse d’un de ses camarades de classe, comme par hasard, sa soeur convoite le même garçon… et on nous bassine avec ça pendant tout le volume! Ce n’est pas grave, me direz-vous, c’est souvent comme ça dans les tome 1. Le gros problème, c’est qu’on nous rabâche pendant 7 tomes à toutes les pages ou presque que Alice aime Kyo; mais qu’ils ne peuvent pas être ensemble pour telle ou telle raison… Pire encore, tout le scénario tourne autour de ça! La méchante de l’histoire, qui peut utiliser le pouvoir maléfique des mots, c’est comme par hasard la soeur d’Alice, qui veut bien évidemment garder Kyo pour elle.

Autant jusqu’au tome 3, le truc tient à peu près la route. La bluette entre les protagonistes est au second plan et on découvre leurs pouvoirs en même temps qu’ils les apprennent. Le récit est bien mis en scène et on passe vraiment un moment très agréable à lire. Les combats magiques sont plutôt bien foutus, lisibles, rythmés. Même si la leçon de morale est toujours la même au final: « il faut mettre ses mauvaises expériences de côté et avancer… se débarrasser de ses pensées négatives… »
Mais par la suite, tout se gâte. Il a dû y avoir une contradiction dans la tête de Yuu Watase: “je donne enfin du souffle à mon histoire de magie ou je me concentre sur la romance”? Malheureusement, elle n’a pas dû réussir à trancher. On se retrouve avec une bête lutte du bien contre le mal, déclenchée par la discorde entre les soeurs, et Alice est prédestinée à sauver le monde. A ce stade les personnages apprennent les mots sacrés par coeur sur des feuilles (donc en gros, le côté le plus intéressant du manga est totalement mis de côté) et on ne nous explique leur signification que dans les appendices. Autant dire que les rares fois où la magie est utilisée, le lecteur ne peut même plus comprendre ce qui se passe sur le coup, il ne peut que compter les points. Enfin, si au moins cette lutte « de la lumière contre les ténèbres » était rendue intéressante… On s’ennuie ferme à partir du tome 5, voire à rire jaune devant autant de médiocrité. Quand ils ne passent pas leur temps à se compter fleurette (le monde est en danger, mais c’est tellement moins important que de se dire « je t’aime… mais c’est impossible… laisse-moi te voir juste 5 minutes quand même… »), les héros se contentent d’avancer jusqu’au grand méchant de l’histoire en éliminant tous les obstacles sur leur route, sans qu’aucun événement ne parvienne à surprendre ni émouvoir le lecteur. En effet, tant les ennemis rencontrés que les événements sont risibles et prévisibles (et d’une niaiserie alarmante), le manga est carrément navrant de ce côté là… L’apothéose, c’est le… *ahem* « combat » contre Darva, l’entité maléfique… Connaissant Alice, il ne pouvait pas en être autrement, mais connaissant Yuu Watase, on attendait clairement quelque chose de moins ridicule… On a vraiment énormément de mal à imaginer un quelconque danger, tant la mise en scène est catastrophique.

Personnages
Alice est l’exemple même de la fille timide qui n’évolue pas (même si parfois, on y croit…), incapable de bouger un orteil si on ne lui explique pas comment faire, et qui aura besoin d’être prise par la main jusqu’aux dernières cases de l’histoire. A l’origine, Alice était censée être une fille renfermée sur elle-même, pas une potiche dénuée de tout esprit d’initiative… Mais Yuu Watase a forcé le trait au maximum, la jeune fille est tellement « réservée » que c’est à peine si elle ose respirer là… Kyo est l’éternel beau gosse gentil et protecteur qui cache de « lourds » secrets (à la limite du risible les secrets, d’ailleurs…). On a déjà vu ça un demi-millier de fois, et ici, on n’arrive vraiment pas à s’attacher au personnage. Pas intéressant, pas original, lui non plus pas très dégourdi, pas approfondi tout simplement… Bref, le couple star d’Alice 19th est composé de têtes à claques qui ne nous attendrissent absolument pas… mais qui risquent d’énerver pas mal de monde!
Frey, lui, est le sacro-saint élément comique du l’histoire, mais il n’est finalement pas si lisse que ça et représente le héros le plus travaillé de toute la galerie de personnages, dans une certaine mesure. Il a droit à un passé assez tragique, évolue pour de vrai au fil du récit…
Malheureusement pour les autres protagonistes, ils apparaissent très tard dans l’histoire et ne servent finalement qu’à faire joli. On ne nous dit vraiment rien sur eux… A croire que Yuu Watase avait besoin de figurants…
Par contre, Mayura, elle, est un personnage atypique. Pas vraiment méchante, elle est juste humaine et, si elle aime profondément sa soeur, elle ne peut s’empêcher de lui en vouloir terriblement pour lui avoir piqué son petit ami. Bref, c’est limite le personnage le plus normal que j’aie eu l’occasion de voir dans un manga depuis fort longtemps, et ça change sacrément des personnages juste gentils ou méchants.
Enfin, les autres adversaires affrontés sont “méchants malgré eux” et le ton du manga en devient incroyablement niais, en particulier dans les ultimes volumes… Ici les « méchants » sont à peine moins gentils que les « gentils ». A croire que des antagonistes réellement mauvais, ç’aurait été trop demander.

Qualité des dessins
Le trait de Yuu Watase est fin et respecte les codes du shojo sans tomber dans l’exagération. Les expressions des personnages sont bien représentées. Les cheveux sont juste magnifiques; les mouvements des personnages sont toujours bien retranscrits… On pourra par contre râler devant l’absence des décors la plupart du temps. Alice 19th n’est pas un manga moche mais ne marquera pas pour autant les esprits par ses graphismes.

Esthétique
L’histoire se déroule dans un Tokyo contemporain dont on ne nous montre pas grand chose, ce sont les petits détails comme les tenues des lotis masters qui font tout. A partir de quelques caractères ésotériques, de miroirs et de créatures de cauchemar créées apparemment comme des taches d’encre; Yuu Watase a tenté d’offrir une ambiance propre à son manga… Le résultat est sacrément mitigé et manque clairement d’originalité.

Edition
L’édition de Glénat est loin d’être mauvaise. Les pages sont blanches, assez épaisses, et si l’impression est occasionnellement plus claire ou un tout petit peu baveuse, rien de dramatique. La typographie est adpatée au format des volumes -petits-. Seule la couverture, rigide, peut agacer lors de la lecture, d’autant que la jaquette glisse en permanence et peut de plus être mal « taillée ».

En conclusion:
Alice 19th avait pour bases une idée béton, un univers cohérent quoique classique, et des dessins réussis. Le problème, c’est que les personnages sont quand même soit très stéréotypés et « plats » voire inintéressants et énervants; soit littéralement négligés; et que l’histoire ne peut flotter longtemps sur la légende de magie imaginée à l’origine car trop engluée dans les travers habituels du shojo. La romance, c’est bien… Lier l’histoire au personnage principal, c’est presque « obligé »…
Mais si le tout est mal dosé, on obtient Alice 19th: une héroïne prédestinée à sauver le monde du mal; ledit mal ayant choisi sa soeur pour hôte parce que ladite soeur reproche à la frêle héroïne de lui avoir piqué son mec. Oui, ici le destin du monde se joue sur une bagarre de chiffonnières entre frangines, et même si la fin du monde est proche, les héros eux-mêmes n’y croient pas trop, visiblement… Yuu Watase (mangaka et donc scénariste expérimentée) nous livre un vrai travail d’amateur. Trop de romance tue la romance, c’est lourd, inintéressant et surtout très bancal scénaristiquement parlant. A vouloir piocher dans tous les râteliers, l’auteure s’est mélangé les pinceaux; et pourtant à relire les tomes deux et trois; qu’est-ce que ce manga aurait pu être bon…

Sans exagérer, Alice 19th ne se laisse même pas lire. Un produit vraiment très médiocre enrobé dans des dessins somme toute agréables. Ne vous laissez pas piéger, ce manga n’est même pas à conseiller aux lectrices complètement fans de shojo, ou aux fans de l’auteur. Le scénario insipide (ridicule?) ne pourra que consterner le lecteur/ la lectrice (ou au pire, de faire rire, pour peu que vous puissiez vous consoler d’avoir payé les 7 tomes de cette… chose) et les personnages auront vite fait de vous donner envie de jeter le livre par la fenêtre… et ce n’est pas une quelconque ambiance « particlière » qui vous fera vous accrocher au manga, il n’y rien, que le néant. Toujours est-il que si vous faites parti du public ciblé (qui ne jurez que par l’auteur ou les shojos, quels qu’ils soient, quelle que soie leur qualité) vous ne vous lirez même pas à cette critique en entier, et pouvez rajouter six points à la note suivante.

NOTE FINALE: