Otogi Matsuri

18 novembre 2009

Type: Seinen
Année de parution Japon: 2003
Année de parution France: 2006
Nombre de tomes: 12
Auteur: Jun’ya Inoue
Age recommandé: 14 ans
Thèmes: Aventure, action, fantastique

Scénario
Yosuke est un lycéen banal. Alors qu’il traîne avec ses amis d’enfance aux abord d’un temple ou un double meurtre mystérieux a été commis, il brise par accident un autel et acquiert une arme sacrée magique, l’arc de Suzaku. A lui d’empêcher dix kenzokus, des yôkai crées il y a plusieurs siècles de celà par un sinistre personnage, de détruire sa ville; aidé par les trois autres porteurs d’armes sacrées, mais aussi la miko Yomogi et ses amis “normaux”.

Il faut reconnaître que le scénario d’Otogi Matsuri ne va pas chercher loin. On nous ressort le cliché du type « normal » qui acquiert du jour au lendemain un pouvoir surpuissant et qui combat le mal avec ses amis. Bon, au moins, cette fois, il n’est pas question de sauver le monde, « juste » la région qui entoure la ville. On sait assez rapidement où l’on va: dix kenzokus, soit dix yôkai particulièrement agressifs, parfois incroyablement intelligents, qui ne laisseront aucun répit aux héros comme au lecteur. Ancré à tous les instants dans le mysticisme et le folklore traditionnel japonais, le manga se révèle certes classique (les combats reposant avant tout sur l’utilisation judicieuse et combinée des compétences des personnages), mais diablement efficace, bénéficiant d’un enrobage soigné, un vrai travail d’orfèvre.
Tout est dû à la mise en scène spectaculaire de la part de l’auteur, qui ne tombe pour autant jamais dans le too much; à sa maîtrise du suspense tout simplement insoutenable. Il a un sens du rythme prodigieux, on ne s’ennuie absolument jamais tout au long des douze volumes. Rien n’est superflu ni traité hâtivement. A côté des scènes de combat hallucinantes mais jamais envahissantes, on a aussi droit à de petits interludes plus calmes où on découvre la vie « ordinaire » des personnages, où ces héros redeviennent des jeunes normaux en proie à leurs autres soucis. Rassurez-vous, c’est bien dosé, jamais mièvre, et on n’a pas le temps de s’en lasser. On se retrouve à tout moment immergés dans l’histoire, à un point rarement atteint avec un manga. On ressent d’autant plus la gravité de la situation que l’auteur ne lésine pas sur les moyens pour ce faire: il y a des morts, des blessés, et ça ne prévient jamais. On est loin des récits du genre où tout le monde s’en tire un peu miraculeusement sans trop de bobos. L’obtention des armes sacrées donne le ton dés le départ, on n’est pas là pour rigoler (bien que l’auteur aie pu placer quelques petites touches d’humour bienvenues).
Contrepartie de ce rythme haletant, les tomes sont TRES vite lus (20 minutes maxi par tome à partir du 7e…). C’est trop court, c’est trop bon!

Personnages
Le premier personnage rencontré, Yosuke, est d’une banalité affligeante à première vue. Un gars normal qui obtient par hasard une arme surpuissante, mouais… déjà vu. Même s’il fait preuve de courage par la suite et essaie de tout assumer à lui seul; c’est en partie dû au pouvoir de son arme sacrée qui annihile ses peurs. Par contre, il mûrit énormément au fil du récit, tout en se montrant humain et en faisant des erreurs. Il connaît la colère, la tristesse, n’est pas un des ces héros parfaits que rien n’ébranle.
Le second porteur d’arme sacrée ne tarde pas à faire son apparition sous les traits du prof taciturne prodiguant des conseils à la chaîne et accompagnant la petite troupe. C’est lui qui dirigera les opérations par la suite. On ne nous dit rien sur lui dés le départ, et si le personnage est classieux, on peut regretter que ce soie cette impression qui prime durant la plus grande partie de la série… Les secrets qu’il cache sont surprenants, et encore une fois, on s’éloigne peu à peu du cliché de base.
Fort heureusement, Irori, la porteuse du bouclier de Gembu, est réellement attachante dés le départ. La gamine est courageuse, toujours positive et souriante; mûre pour son âge mais pas totalement dépourvue de faiblesses. Elle nous épate carrément dés lors qu’on la voit à l’oeuvre en combat: cette petiote est juste surpuissante. On l’adore forcément.
Enfin, l’auteur nous sort le cliché du jeune voyou rebelle en dernier détenteur d’arme sacrée. Si il peut énerver au départ, on découvre qu’il est de loin le plus fragile de toute la bande, le plus instable émotionellement parlant. Le plus attachant du groupe, sans hésiter. Au moment où on le découvre il a déjà bien morflé, mais l’auteur s’acharnera sur lui jusqu’au bout, ne lui épargnera rien; le fera bien plus souffrir que les autres. Je l’avoue, je n’ai pas aimé ça du tout…
Un autre personnage très important: Yomogi, la jeune miko (sorte de prêtresse). Dotée du pouvoir de kenki qui lui permet de voir les créatures et événement surnaturels; elle est en permanence accompagnée de renardeaux magiques apprivoisés (source de sourire à chaque apparition); et même sans arme sacrée elle fera preuve d’un courage extraordinaire, n’hésitant pas à se battre en utilisant ses moyens, renardeaux dans un premier temps, magie traditionnelle par la suite. Entre elle et Irori, les personnages féminins de la série se révèlent vraiment pleins de ressources.
Il y a aussi les amis de toute la petite bande; Junko, Shizuka, Ringo (autre détentrice du pouvoir de kenki, accompagnée par un mini tanuki très drôle) qui ne sont pas là pour faire joli et ont une véritable place dans le récit. S’ils sont moins présents que les autres, l’auteur ne les a pas négligés et n’hésite pas à les mettre en avant par moments, à montrer leur désir “d’aider”; par exemple en défendant le sanctuaire en guise de dernier rempart contre les kenzokus. A défaut d’aller en première ligne, ils participent tout de même activement, malgré les situations dangereuses auxquelles ils sont exposés.

Qualité des dessins
Quasiment rien à redire… Vraiment. Les personnages sont expressifs et dessinés avec un soin extraordinaire; les kenzokus sont bien plus beaux et détaillés que les yôkai du dictionnaire de Shigeru Mizuki (et là tout est dit). Certaines cases font parfois “bizarre” mais c’est vraiment très rare. Les combats sont TOUJOURS lisibles, on n’a jamais à se demander ce qui se passe quand ça bouge. En parlant du mouvement, il est toujours bien retranscrit. Les angles de caméra sont judicieusement bien choisis, améliorant encore plus le dynamisme de l’ensemble. Les décors sont incroyablement fouillés, bref, il n’y a absolument rien à critiquer…

Esthétique
Tout est dû aux dessins; mais le côté folklorique japonais passe par toutes les cases. Miyakono, “la petite Kyoto” nous est rapidement familière. Le bestiaire horrifique japonais n’aura jamais paru aussi réaliste et saisissant. Le style graphique de l’auteur aide aussi beaucoup. La note parle d’elle-même, rarement un manga n’aura eu une ambiance aussi saisissante d’un bout à l’autre.

Edition
Doki-Doki nous sort une édition sans fautes ou presque. Les jaquettes sont fidèles à l’édition japonaise (un bon point), le papier blanc, lisse, opaque: l’encrage toujours bien dosé… La couverture est peut-être un peu trop souple, mais c’est vraiment parce qu’il faut bien râler.

En conclusion:
Otogi Matsuri est le meilleur manga qu’il m’aie été donné de lire. Un chef d’oeuvre, un vrai, comme on n’en voit pas à tous les rayons des librairies.
Allez savoir pourquoi la série est méconnue… Bref, vous qui aimez les mangas d’action spectaculaires, vous qui aimez les histoires de yôkai, vous qui aimez les histoires au suspense intenable, vous qui aimez les mangas tout court ou même qui ne les aimez pas encore, lisez Otogi Matsuri!

Un indispensable à toute mangathèque, capable de convaincre les plus réfractaires au genre; un produit de qualité soigné par tous les aspects.

Pourquoi pas la note parfaite dans ce cas? Je l’ai dit plus haut: c’est si bon que ça se lit très, trop vite; d’autant que les textes sont vraiment moins présents dans la seconde moitié de l’histoire et que le déroulement des événements est sans temps mort. Enfin, l’auteur a pris le parti de malmener un personnage plus que les autres, plus ou moins gratuitement… Et pour que je ne parvienne pas à en faire abstraction au moment de la notation, c’est que ça m’est vraiment resté en travers de la gorge, même si j’admets volontiers que je me suis attachée au personnage en question. xD

M’enfin, quand on a la réputation de noter sacrément sévère, ça fait bizarre de mettre une note comme celle-ci…

NOTE FINALE: