Alice 19th

8 mai 2009

Type: Shojo
Année de parution Japon: 2001
Année de parution France: 2003
Nombre de tomes: 7
Auteur: Yuu Watase
Age recommandé: 12 ans
Thèmes: Romance, fantastique, magie

Scénario
Alice Seno est une jeune lycéenne comme les autres. Souffrant d’un fort complexe d’infériorité par rapport à sa soeur, elle ravale toujours ce qu’elle pense et manque cruellement d’initiative. Pourtant, elle ne manque pas de courage puisqu’elle n’hésitera pas à se mettre en danger pour sauver un petit lapin manacé de se faire écraser par une voiture. Ledit lapin peut en réalité se transformer en jeune fille; qui révèlera à Alice qu’elle peut utiliser la magie de certains mots sacrés. Alice n’est pas la seule à maîtriser ce pouvoir découvrira très vite qu’il y a d’autres “lotis masters” dans son entourage proche.

Le scénario d’Alice 19th aurait pu donner quelque chose de bon au départ. Le fait de donner une importance magique aux mots que l’on peut dire était une excellente idée et l’auteure aurait vraiment pu en faire une histoire intéressante et « fouillée ». Dés le premier tome, on s’aperçoit pourtant qu’il y a un truc qui cloche: l’héroïne est amoureuse d’un de ses camarades de classe, comme par hasard, sa soeur convoite le même garçon… et on nous bassine avec ça pendant tout le volume! Ce n’est pas grave, me direz-vous, c’est souvent comme ça dans les tome 1. Le gros problème, c’est qu’on nous rabâche pendant 7 tomes à toutes les pages ou presque que Alice aime Kyo; mais qu’ils ne peuvent pas être ensemble pour telle ou telle raison… Pire encore, tout le scénario tourne autour de ça! La méchante de l’histoire, qui peut utiliser le pouvoir maléfique des mots, c’est comme par hasard la soeur d’Alice, qui veut bien évidemment garder Kyo pour elle.

Autant jusqu’au tome 3, le truc tient à peu près la route. La bluette entre les protagonistes est au second plan et on découvre leurs pouvoirs en même temps qu’ils les apprennent. Le récit est bien mis en scène et on passe vraiment un moment très agréable à lire. Les combats magiques sont plutôt bien foutus, lisibles, rythmés. Même si la leçon de morale est toujours la même au final: « il faut mettre ses mauvaises expériences de côté et avancer… se débarrasser de ses pensées négatives… »
Mais par la suite, tout se gâte. Il a dû y avoir une contradiction dans la tête de Yuu Watase: “je donne enfin du souffle à mon histoire de magie ou je me concentre sur la romance”? Malheureusement, elle n’a pas dû réussir à trancher. On se retrouve avec une bête lutte du bien contre le mal, déclenchée par la discorde entre les soeurs, et Alice est prédestinée à sauver le monde. A ce stade les personnages apprennent les mots sacrés par coeur sur des feuilles (donc en gros, le côté le plus intéressant du manga est totalement mis de côté) et on ne nous explique leur signification que dans les appendices. Autant dire que les rares fois où la magie est utilisée, le lecteur ne peut même plus comprendre ce qui se passe sur le coup, il ne peut que compter les points. Enfin, si au moins cette lutte « de la lumière contre les ténèbres » était rendue intéressante… On s’ennuie ferme à partir du tome 5, voire à rire jaune devant autant de médiocrité. Quand ils ne passent pas leur temps à se compter fleurette (le monde est en danger, mais c’est tellement moins important que de se dire « je t’aime… mais c’est impossible… laisse-moi te voir juste 5 minutes quand même… »), les héros se contentent d’avancer jusqu’au grand méchant de l’histoire en éliminant tous les obstacles sur leur route, sans qu’aucun événement ne parvienne à surprendre ni émouvoir le lecteur. En effet, tant les ennemis rencontrés que les événements sont risibles et prévisibles (et d’une niaiserie alarmante), le manga est carrément navrant de ce côté là… L’apothéose, c’est le… *ahem* « combat » contre Darva, l’entité maléfique… Connaissant Alice, il ne pouvait pas en être autrement, mais connaissant Yuu Watase, on attendait clairement quelque chose de moins ridicule… On a vraiment énormément de mal à imaginer un quelconque danger, tant la mise en scène est catastrophique.

Personnages
Alice est l’exemple même de la fille timide qui n’évolue pas (même si parfois, on y croit…), incapable de bouger un orteil si on ne lui explique pas comment faire, et qui aura besoin d’être prise par la main jusqu’aux dernières cases de l’histoire. A l’origine, Alice était censée être une fille renfermée sur elle-même, pas une potiche dénuée de tout esprit d’initiative… Mais Yuu Watase a forcé le trait au maximum, la jeune fille est tellement « réservée » que c’est à peine si elle ose respirer là… Kyo est l’éternel beau gosse gentil et protecteur qui cache de « lourds » secrets (à la limite du risible les secrets, d’ailleurs…). On a déjà vu ça un demi-millier de fois, et ici, on n’arrive vraiment pas à s’attacher au personnage. Pas intéressant, pas original, lui non plus pas très dégourdi, pas approfondi tout simplement… Bref, le couple star d’Alice 19th est composé de têtes à claques qui ne nous attendrissent absolument pas… mais qui risquent d’énerver pas mal de monde!
Frey, lui, est le sacro-saint élément comique du l’histoire, mais il n’est finalement pas si lisse que ça et représente le héros le plus travaillé de toute la galerie de personnages, dans une certaine mesure. Il a droit à un passé assez tragique, évolue pour de vrai au fil du récit…
Malheureusement pour les autres protagonistes, ils apparaissent très tard dans l’histoire et ne servent finalement qu’à faire joli. On ne nous dit vraiment rien sur eux… A croire que Yuu Watase avait besoin de figurants…
Par contre, Mayura, elle, est un personnage atypique. Pas vraiment méchante, elle est juste humaine et, si elle aime profondément sa soeur, elle ne peut s’empêcher de lui en vouloir terriblement pour lui avoir piqué son petit ami. Bref, c’est limite le personnage le plus normal que j’aie eu l’occasion de voir dans un manga depuis fort longtemps, et ça change sacrément des personnages juste gentils ou méchants.
Enfin, les autres adversaires affrontés sont “méchants malgré eux” et le ton du manga en devient incroyablement niais, en particulier dans les ultimes volumes… Ici les « méchants » sont à peine moins gentils que les « gentils ». A croire que des antagonistes réellement mauvais, ç’aurait été trop demander.

Qualité des dessins
Le trait de Yuu Watase est fin et respecte les codes du shojo sans tomber dans l’exagération. Les expressions des personnages sont bien représentées. Les cheveux sont juste magnifiques; les mouvements des personnages sont toujours bien retranscrits… On pourra par contre râler devant l’absence des décors la plupart du temps. Alice 19th n’est pas un manga moche mais ne marquera pas pour autant les esprits par ses graphismes.

Esthétique
L’histoire se déroule dans un Tokyo contemporain dont on ne nous montre pas grand chose, ce sont les petits détails comme les tenues des lotis masters qui font tout. A partir de quelques caractères ésotériques, de miroirs et de créatures de cauchemar créées apparemment comme des taches d’encre; Yuu Watase a tenté d’offrir une ambiance propre à son manga… Le résultat est sacrément mitigé et manque clairement d’originalité.

Edition
L’édition de Glénat est loin d’être mauvaise. Les pages sont blanches, assez épaisses, et si l’impression est occasionnellement plus claire ou un tout petit peu baveuse, rien de dramatique. La typographie est adpatée au format des volumes -petits-. Seule la couverture, rigide, peut agacer lors de la lecture, d’autant que la jaquette glisse en permanence et peut de plus être mal « taillée ».

En conclusion:
Alice 19th avait pour bases une idée béton, un univers cohérent quoique classique, et des dessins réussis. Le problème, c’est que les personnages sont quand même soit très stéréotypés et « plats » voire inintéressants et énervants; soit littéralement négligés; et que l’histoire ne peut flotter longtemps sur la légende de magie imaginée à l’origine car trop engluée dans les travers habituels du shojo. La romance, c’est bien… Lier l’histoire au personnage principal, c’est presque « obligé »…
Mais si le tout est mal dosé, on obtient Alice 19th: une héroïne prédestinée à sauver le monde du mal; ledit mal ayant choisi sa soeur pour hôte parce que ladite soeur reproche à la frêle héroïne de lui avoir piqué son mec. Oui, ici le destin du monde se joue sur une bagarre de chiffonnières entre frangines, et même si la fin du monde est proche, les héros eux-mêmes n’y croient pas trop, visiblement… Yuu Watase (mangaka et donc scénariste expérimentée) nous livre un vrai travail d’amateur. Trop de romance tue la romance, c’est lourd, inintéressant et surtout très bancal scénaristiquement parlant. A vouloir piocher dans tous les râteliers, l’auteure s’est mélangé les pinceaux; et pourtant à relire les tomes deux et trois; qu’est-ce que ce manga aurait pu être bon…

Sans exagérer, Alice 19th ne se laisse même pas lire. Un produit vraiment très médiocre enrobé dans des dessins somme toute agréables. Ne vous laissez pas piéger, ce manga n’est même pas à conseiller aux lectrices complètement fans de shojo, ou aux fans de l’auteur. Le scénario insipide (ridicule?) ne pourra que consterner le lecteur/ la lectrice (ou au pire, de faire rire, pour peu que vous puissiez vous consoler d’avoir payé les 7 tomes de cette… chose) et les personnages auront vite fait de vous donner envie de jeter le livre par la fenêtre… et ce n’est pas une quelconque ambiance « particlière » qui vous fera vous accrocher au manga, il n’y rien, que le néant. Toujours est-il que si vous faites parti du public ciblé (qui ne jurez que par l’auteur ou les shojos, quels qu’ils soient, quelle que soie leur qualité) vous ne vous lirez même pas à cette critique en entier, et pouvez rajouter six points à la note suivante.

NOTE FINALE:

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